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Philippe JACCOTTET
1925
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Chronologie
 

Philippe Jaccottet est né en Suisse à Moudon le 30 juin 1925. À 15 ans, il offre déjà à ses parents un ensemble de poèmes, "Flammes noires". En 1941, à 17 ans, il commence des traductions d'auteurs par plaisir. C'est alors qu'il fera une rencontre déterminante pour la suite avec un poète et photographe voisin Gustave Roud (1897-1976), admirateur de Rimbaud et Mallarmé qui lui révèle le charme de la nature au cours de nombreuses promenades dans la campagne Suisse. Gustave Roud, avec qui il aura une abondante correspondance, va lui fait découvrir, le poète, écrivain, philosophe allemand Friedrich Von Ardenberg, pseudonyme Novalis (1772-1801) ainsi qu'un autre grand penseur et poète de la période classico-romantique allemande, Friedrich Hölderlin (1770-1843). Après le lycée, il poursuit des études de lettres à Lausanne, commence à publier une pièce de théâtre et quelques poèmes d'inspiration romantique et classique. Il obtient sa licence en 1946, à 21 ans. Jaccottet découvre ensuite en le traduisant un autre auteur autrichien qui en 1919 a rejoint la Suisse, Rainer Rilke (1875 Autriche-1926 Suisse). On retrouvera dans le recueil 'l'Effraie", les mêmes préoccupations que chez Rilke dans ses poèmes " Sans présent", "Vers la vie", "Maintenant et à l'heure de notre mort", "Dans l'attente du chemin de la vie". Comme Rilke, il voyage, se rend en Italie, le pays voisin, rencontre le poète italien Giuseppe Ungaretti (1888 Egypte-1970 Milan), en 1946, dont il traduira les poèmes en 1948. En 1944, il publie, en France, ses premiers poèmes dans les Cahiers de Poésie dirigés par Edmond Jaloux, puis l'année suivante, son premier recueil "Trois poèmes aux démons" et sa première traduction "Mort à Venise" de Thomas Mann. A l'automne 1946, Jaccottet s'installe en France, à Paris, et travaille à des traductions chez l'éditeur Mermod. Il commence la rédaction des poèmes du recueil "L'effraie" qui durera 4 ans. Il fréquente les cercles littéraires, notamment celui de la NRF avec Jean Paulhan, Marcel Arland, Francis Ponge, jean Tardieu. Jaccottet restera 6 ans à Paris de 1946 à 1952 et se lie avec des poètes de sa génération comme Yves Bonnefoy, Jacques Dupin, André du Bouchet, ainsi qu'avec Pierre Leyris, André Dhôtel et Henri Thomas qui l'accueilleront ensuite plus tard en 1967 dans la revue L'Ephémère qu'ils ont créée. Se méfiant des dangers de l'existentialisme et du surréalisme, Jaccottet se réfugie dans un classicisme plus concret. En 1953, à 28 ans, il quitte tout, et s'établit en Provence à Grignan (Drôme) avec sa femme Anne-Marie Haesler, née en Suisse, peintre, et ses deux enfants, au moment ou est publié son premier recueil important, L'Effraie et autres poésies. Le choix de Grignan, dans la Drome provençale, à la lumière si particulière et vive, à proximité du Rhône et des Alpes, est révélateur du poète angoissé par la mort et l'obscurité. Jaccottet connaît à partir de cette date la reconnaissance des milieux littéraires et collabore avec la NRF. On lui doit avec ses nombreux poèmes, de nombreuses traductions (Homère, Gongora, Hölderlin, Leopardi, Ungaretti), et d'avoir rendu accessible au lecteur français la quasi-totalité de l'œuvre de Musil. Aujourd'hui, Jaccottet ne quitte plus guère Grignan, dont les paysages le fascinent. Son isolement est souvent interrompu par les visites de ses amis et par des voyages en Espagne et en Italie. Jaccottet aura écrit une trentaine de recueil de poésies, participé à de nombreuses collaborations littéraires critiques, traduit de nombreux auteurs allemands (Musil, Mann, Hölderlin), italiens (Ungaretti, Leopardi, Cassola), espagnols (Gongora), grecs (Homère, L'Odyssée) ou russes (Mandelstam).

Parmi ses nombreuses oeuvres poétiques


1947 Requiem, Mermod.

1953 L'Effraie et autres poésies, Gallimard.

Le poète sort progressivement des conventions ; les enjambements constants déséquilibrent l'alexandrin et les tournures sont parfois celles de la conversation. Trois thèmes majeurs : l'usure du temps, l'angoisse de la mort et la perte de l'amour.

1957 La Promenade sous les arbres, Gallimard.

Le premier livre en prose et le premier où la fascination pour les paysages se manifeste aussi vivement. Il s'agit de traquer l'illimité derrière le réel, le fini.

1958 L'Ignorant, poèmes 1952-1956, Gallimard.

Jaccottet dédaigne souvent la rime et l'alexandrin. En outre, le e muet installe une hésitation prosodique. Le poète se sent désarmé face à la précarité de l'existence et face à la mort. La voix du monde s'affirme néanmoins, et elle est auréolée d'une grande transparence. Un équilibre est atteint entre contemplation et méditation.

1961 Eléments d'un songe, proses, Gallimard.
Quelles consolations peut-il exister face à la mort, quand les grands systèmes de valeur s'effondrent ? Jaccottet a recours à la prose pour tenter de répondre à ce problème qui obséda Robert Musil. La poésie semble être en mesure de se substituer à la foi. Mais tout n'est que fragments, tout n'est qu'incertitudes dans cet ouvrage où divers points de vue se confrontent.
1961 L'Obscurité, récit, Gallimard.
C'est un récit dialogué. Un maître se résout au silence après avoir s'être heurté au vide et à l'obstacle du temps. La poésie n'est qu'illusion, donc. Mais le disciple reprend le flambeau du maître : la conscience de notre vulnérabilité devient la condition d'une survie.
L'ancien élève, ou mieux, le disciple d'un grand philosophe, dont l'enseignement et la bienveillance personnelle ont joué un rôle capital dans sa vie, revient d'un long séjour à l'étranger et son premier soin est de revoir son maître. Après de longues recherches, il découvre sa retraite. La découverte est navrante : ce brillant esprit, ce savant admiré et fêté, cet amoureux fougueux et romanesque, ce père enfin, ont fait place à une espèce d'animal farouche qui vit seul dans l'obscurité, replié sur lui-même. Car cet homme est une victime de l'idée de la mort ; elle s'est emparée de son esprit au point que toute activité, toute vie affective lui sont devenues impossibles. Aucune des hautes pensées qu'il inculquait jadis à ses élèves n'a eu de pouvoir contre l'horreur de cet anéantissement inéluctable. Il répond aux questions gênées de son disciple par des phrases comme : « Rien n'est vrai, rien n'est hormis le mal de le savoir ».
Le disciple cherchera donc seul une telle maladie de l'âme : « Ce sont peut-être les légers, les téméraires qui ont raison..., ceux qui acceptent le risque de se perdre sans espoir de compensation... »


1967 Airs, poèmes 1961-1964, Gallimard.
Le livre du bonheur et de la lumière. Pour son retour à la poésie, Jaccottet adapte à notre langue le haïku, elliptique, proche de la vie quotidienne tout en ayant une dimension cosmique. Six parties : « Fin d'hiver », « Oiseaux, fleurs et fruits », « Champ d'octobre », « Monde », « Lever du jour », « Vœux ». Ce livre serein n'aura pas de véritable postérité dans l'œuvre de Jaccottet.

1968 L'Entretien des Muses, Gallimard.
Ouvrage critique consacré à la poésie française du XXe siècle. Jaccottet encense Paul Claudel, Charles Ferdinand Ramuz et Francis Ponge. Il s'oppose à une poésie objet de connaissance pure : « plutôt une porte ouverte, ou entrouverte, quelquefois vite refermée, sur plus de réalité. » Selon lui, le contact avec le réel, avec la terre ne doit pas être rompu.

1969 Leçons, Payot.
Une synthèse entre le ton sentencieux de l'Ignorant et l'évidence naïve d'Airs, entre le vers régulier et le vers libre, entre la forme longue et la forme brève. De la mort et de la dépossession, Jaccottet tire ces humbles et paradoxales leçons d'espérance.

1970 Paysages avec figures absentes, Gallimard.
Une des plus grandes réussites en prose de Jaccottet, sinon de toute la poésie du XXe. Les paysages, ce sont ceux de Grignan. L'absence, c'est celle des dieux et des défunts, comme dans les toiles de Cézanne. Mais « ce n'est pourtant pas le désert » ; la voix du divin et du désir se fait toujours entendre. Jaccottet, en quête de l'harmonie de la Grèce, évoque Hölderlin qui rencontra le plus haut « dans le monde, ou à travers le monde ». Il regrette cette « très mystérieuse beauté des corps que l'art chrétien a condamnée, escamotée ou humiliée ».

1974 Chant d'en bas, Payot.
Jaccottet confronté à la mort d'une proche.

1975 A travers un verger, Gallimard.
Ce livre est écrit à la mémoire de Christiane Martin du Gard.

1977 A la lumière d'hiver, Gallimard.

C'est un prolongement des Chants d'en bas. Le poète ressuscite cette morte qui lui était si chère. Sa poésie est « réduite à l'admirable », selon J.-L. Steinmetz. A la fin, les images renaissent.

1981 Beauregard, Maeght

1983 Pensées sous les nuages, Gallimard.

La musique se fait consolante. C'est encore et toujours la voix de l'invisible.

1984 La Semaison, Gallimard.

Il s'agit des carnets de Jaccottet de 1954 à 1979. Une écriture du fragment, du non-moi. Le poète évoque Schubert : « une parole à la fois toute proche et infiniment lointaine », tout comme la sienne.

1987 Une transaction secrète, Gallimard.

Ouvrage critique qui s'ouvre aux littératures étrangères. Des pages sont consacrées entre autres à Mandelstam, le poète russe mort dans un camp stalinien.
Autres journées, Fata Morgana.

1990 Libretto, La Dogana.

Où l'on rencontre Ungaretti.
Cahier de verdure, Gallimard.

1993 Cristal et fumée, Gallimard.

Cristal et fumée : les marques de tout paysage et de tout poème chez Philippe Jaccottet.

1994 Après beaucoup d'années, Gallimard.

La distinction entre vers et prose s'efface de plus en plus.



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